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13.03.2007

Marseille-Anvers

fenêtre train

 

 

"En été, tu comprends, elle ouvre sa fenêtre. Elle a le droit, non ?"
Elle relève la tête.  Machinalement sa main droite glisse le marque-page à l’endroit où elle vient de d’interrompre sa lecture. A la dernière page.
Le train commence déjà à ralentir et pourtant, il n’y a pas bien longtemps qu’elle a  embarqué. Mais  la Flandre est aussi peuplée qu’un tableau de Pieter Bruegel. Les gares fleurissent en abondance dans ce plat pays.
La lecture n’a jamais été pour elle qu’une échappatoire. Elle s’est toujours moquée éperdument de ce qu’elle lisait pourvu que ça l’emmène ailleurs. Loin des disputes quotidiennes de ses parents et des braillements des jumeaux.  Loin aussi de ses mauvaises notes et du cours de gym qui revenait inexorablement de semaine en semaine avec son lot de chutes, de bleus et de mépris dans les yeux du professeur.
Ainsi, petite, elle s’enfermait des heures durant dans les toilettes avec les réclames qu’elle parcourait à rebours, commençant toujours par la fin. L’annuaire téléphonique eut aussi  son heure de gloire. Ca commençait légèrement avec les Zwijsen  pour arriver crescendo au plat de résistance des Duyssen  et finir en allégresse avec les AA.
Adolescente, elle était passée aux catalogues de vente par correspondance. Ceux que sa mère conservait pour emballer de leurs pages arrachées l’argenterie. Elle se dépêchait de tout dévorer de droite à gauche avant que les jolies tenues d’été, les tailles et les couleurs ne terminent en linceul pour couteaux et pelles à tarte.
Il lui était bien arrivé de recevoir en cadeau de vrais livres. Elle les entreposait alors religieusement sur l’étagère suspendue au-dessus de son lit entre poupées de collections et boules à neige.
Ils se tenaient là-haut comme autant de trophées de ses échecs à en poursuivre la lecture. Elle s’était pourtant aventurée à en commencer un mais comment s’absorber complètement lorsque la fin vous était connue avant même d’arriver à la première page ?
Inutile de préciser que ses études supérieures furent un fiasco complet. «Votre fille manque des bases les plus élémentaires », condamnèrent sans appel ses professeurs. « Elle connaît la solution mais est incapable de l’expliquer. »
Elle trouva finalement un petit boulot de documentaliste. Il n’y avait pas plus rapide qu’elle pour classer les fiches. De Z à A, elle s’affranchit progressivement de ses parents et loua un studio, le premier qu’elle trouva dans les petites annonces tout en bas de la page et au dernier étage d’un immeuble.
Là débutent ses premières vacances seule. Un stage d’écriture arabe au Maroc. Ce fut comme une renaissance lorsque Mustapha, un de ses collègues lui fit découvrir le b.a.-b.a. de la calligraphie arabe.
Elle descendait jusqu’à Marseille et là prendrait le bateau.
Le train se remit doucement en marche.
Un homme entra dans son compartiment. Il lui sembla qu’il venait de lui adresser la parole.
- Pardon
? demanda-t-elle en détachant son regard de la banlieue grise.
- Excusez-moi, Mademoiselle. Je vous demandais si ça ne vous ennuyait pas de voyager en sens contraire, sinon je vous aurait proposé de prendre votre place.
Elle le rassura d’un signe de tête et reprit sa lecture tout au début.  Elle allait y arriver cette fois.
"En été, tu comprends, elle ouvre sa fenêtre. Elle a le droit, non ? ».

 

13.02.2007

Un trottoir en ville

clochard3

 

 

Ce soir, elle se sent lasse. La journée n’a été qu’une lutte contre les éléments, et les importuns.

Sa voiture, allergique à la neige, n’a pas voulu démarrer ce matin.

Elle a donc emprunté la navette.

Inutile de préciser qu’elle a voyagé debout n’étant ni invalide de guerre, ni enceinte. Les bottes de caoutchouc n’octroyent toujours aucun privilège.

Au bureau, accueil en symbiose avec les conditions climatiques même les bottes ôtées et le retard justifié.

Bref, elle se l’était jouée profil bas toute la journée. Ce n’est pourtant pas les occasions qui lui manquèrent de hausser le ton face aux clients qui forçaient la porte de son bureau, commandaient aujourd’hui et exigeaient d’être livrés hier sans compter le boss qui souhaitait qu’elle face des heures supp’ toute la semaine.

Bref, elle n’avait pas encore dit oui mais pour aujourd’hui c’était non ! Elle avait des engagements. Elle éteignit l’écran de son PC.

 

Ce soir, il se sent l’âme presque printanière.Malgré la nuit précédente. Froide, très froide. A vous transformer le carton en planche de bois et le pinard en frisko framboise. Mais heureusement il y a Youri. Cinq ans qu’ils se partagent les mêmes bouts de trottoir et les mêmes réverbères. Cinq ans que Youri lui colle au ventre la chaleur de son pelage lors de leur nuits chien de fusils.

Cinq ans aussi qu’il a perdu pied et boulot. Cinq ans que la société lui a tourné le dos, à moins que ce ne soit l’inverse. Mais aujourd’hui est un bon jour, ça fait pas un pli. Déjà, on ne lui a rien piqué. Parce que on a beau ne rien avoir et la tête qui va avec, ça empêche pas les nouveaux de venir fouiner dans vos sacs ou le Samu social de venir vous réveiller sous prétexte de vérifier si vous vivez toujours. Ensuite,il a vu au travers de la vitrine d’un marchand de postes de télévision le reflet d’une météo prochaine plus clémente et piecette dans le chapeau, ce soir ouvre le Resto du Cœur.  Il allait enfin pouvoir se mettre quelque chose de solide dans le bide et troquer sa fourchette d’Adam contre des couverts, des vrais en plastic ! D’ailleurs, les aiguilles de l’horloge de la gare font le grand écart debout, il est l’heure d’y aller si il ne veut pas devoir se coltiner une file d’attente longue comme un jour sans pain. Et ça il a assez donné !

 

Elle oublie un peu sa fatigue et tant pis, elle se débrouillera si elle rate le dernier car.

C’est la première fois qu’elle met les pieds ici, elle a  répondu à une petite annonce. Juste être à la hauteur, elle se dit.

L’accueil est aux antipodes de celui réfrigéré de ce matin. Franches poignées de main.

-      Bienvenue !

-      Merci, c’est la première fois, je crains un peu de ….

-      Taratata, ça va aller. Tiens, là derrière le rideau, tu peux déposer tes affaires et viens vite, on a besoin de toi

 

Il n’est évidemment pas arrivé le premier. Des doutes l’assaillent, peut-il encore se tenir correctement à table, laissera-t-on-entrer Youri ?

 

Et puis tout s’est passé très vite, elle a distribué les repas comme si elle avait fait ça toute sa vie. Quant à lui il reprendrait encore bien une assiette, surtout servie par ces yeux là. Deux perles turquoises qui ont trouvé le chemin de son regard hirsute, de ses mains, de sa ligne de cœur.

 

Sous formica, Youri s’étire, s’allonge dans un soupir sourire.

 

 

 

08.02.2007

Mer morte

 

Coups de sifflet.

Un court.

Une chute de peignoirs dévoile huit statues presque jumelles, peau luisante et muscles polis sous crème protectrice

Un long.

Telle une vague de fond chapeautée de latex, elles montent d’un même pas sur les plots, reflets d’un podium à venir. Leurs bras, leurs mains à présent s’ébrouent. Mais leur regard ailleurs déjà se dissimule sous plexi.

Un court à nouveau.

Et voilà huit cordes d’arc qui se tendent et se détendent par-dessus les flots chlorés.

Tel un vol de frégates suspendu au silence, elles se reflètent durant quelques secondes dans les yeux alignés des fous de bassin.

Un premier claquement suivi de ses échos jumeaux rend ses droits au brouhaha et déjà les accents circonflexes ne sont plus que des virgules oscillant dans l’aquarium géant.

 

La tempête fait rage dans le rectangle bleu, les eaux s’agitent comme pour chasser de leur tranquillité lunaire ces profanatrices. Les remous éructent à respiration régulière leurs têtes, ballons bigarrés qui poursuivent infatigablement leur route. Allers et retours métronomiques. Les fous de bassin s’agitent, gesticulent, piaillent.

 

La-bas, derrières les socles désertés par les statues d’huile, huit chaises de plastique blanc font tapisserie.

Sur l’un des plots, une emprunte embuée de doigts de pied se la joue évanescente.

Les draps s’épongent à l’avance et les sacs de sport baillent aux alouettes.

Surplombant la tempête, une corde garnie de petits triangles rouges et blancs tente désespérément de faire sécher son petit linge.

 

Le pouls des fous de bassin s’accélèrent. Leur horloge interne, sans doute, leur fait savoir que le millième de seconde de gloire est arrivé. Pour qui ? Les flots, après quelques clapotis d’agonie gisent immobiles. Les profanatrices semblent bien avoir vaincu. Leur guide, que rien pourtant ne distinguait de ses paires au départ, lève un bras victorieux. Les fous acclament, applaudissent.

 

Les chaises arrêtent d’en découdre et accueillent maintenant à bras ouverts les guerrières fatiguées. Déjà certaines repartent la victoire en bandoulière mais l’une d’entre elle, un coude sur le genou, semble pensive. Une chaise vide, livide vient de se replier sur un sac orphelin.

 

Les fous laissent soudain de côté  leur joie éclatée et se pressent, inquiets, au bord du bassin.

Un rictus déforme de  moult ridules le masque funéraire des eaux vaincues.

Au fond, une Venus de Milo gît dans un linceul de mosaïques bleues.

 

 

 

17.01.2007

Peur bleue



Il y a quelqu’un qui parle dans la chambre. Antoine entend nettement une voix d’homme, enjouée.
Ca doit être là.

A l’entrée de l’immeuble climatisé, une petite blonde à l’air avisé lui avait indiqué le chemin après qu’il eut décliné son identité et le motif de sa venue. Le sein gauche de la fille aussi prometteur que son jumeau arborait un badge informant tout interlocuteur que sa propriétaire se prénommait Anne. Antoine sentit le regard de la jeune femme le suivre encore longtemps après qu’il l’eut remerciée et alors qu’il s’engageait dans le couloir qu’elle lui avait désigné.
Au bout de celui-ci, il avait emprunté un petit escalier en colimaçon qui débouchait sur une galerie. De grandes baies vitrées invitaient le regard  à vagabonder sur la plaine aride dont la couleur paille témoignait de la sécheresse de ces derniers mois.
Maudit soit ce soleil qui avait emporté dans ses flots brûlants la récolte de l’année.  Antoine n’avait eu d’autre alternative que de chercher un petit boulot pour lui permettre de survivre jusqu’à la perception des aides allouées aux agriculteurs par le gouvernement. Il s’était alors félicité de son célibat et de n’avoir pas de bouche d’enfants à nourrir. Il  avait détourné les yeux de la terre calcinée et poursuivi son chemin.
Parvenu au fond de la galerie, il s’était trouvé face à une porte portant sur plaque en acier brossé le chiffre 7.
Il avait alors sorti de la poche de son jeans la convocation qu’il avait reçue. Histoire de vérifier le numéro du local où il devait se présenter. Chambre 7. C’était bien cela.

Lui, d’habitude si calme, avait senti son pouls s’accélérer. Pourvu qu’il soit pris. Jamais  de sa vie, il n’avait eu à quémander le moindre emploi. Très jeune, il avait  commencé à travailler à la ferme qu’exploitaient ses parents et c’est naturellement qu’il avait poursuivi au décès de son père puisqu’il était enfant unique. Sans cette calamité climatique, il serait aujourd’hui dans ses champs et demain dimanche il aurait été rendre visite à sa mère qui séjournait en maison de retraite depuis que la raison l’avait quittée. Ne rien devoir à personne était la devise familiale. C’est d’ailleurs la mort dans l’âme qu’il avait signé les documents de demande d’aide de l’état. Mais c’était un cas de force majeure. Ne pas signer signifiait vendre la ferme mais surtout ne plus pouvoir assurer le paiement des frais d’hébergement de sa mère. Alors …

Alors, il était allé en ville et avait acheté le journal. Ca faisait des années qu’il n’y avait plus mis les pieds. Depuis qu’il avait fini l’école en réalité. Tout avait énormément changé. Les maisons s’étaient, comme qui dirait, rapprochées. A moins que ce ne soit les jardins qui aient rétrécis. Il avait à peine reconnu le lycée des filles dont les fenêtres pourtant le captivaient à l’époque. Il passa devant le petit théâtre municipal sans même s’en apercevoir. Celui qui avait connu ses débuts avortés sur les planches à l’occasion de la fête de l’école. Sa mère avait toujours sur sa table de nuit la photo prise ce jour là du petit Antoine en Geronimo. Sa maîtresse avait ensuite beaucoup insisté pour qu’Antoine suive les cours de théâtre le mercredi après-midi mais un saltimbanque dans la famille, ce n’était pas cela qui allait nourrir les bêtes et cultiver la terre. Il avait donc fait ses débuts et ses adieux lors de la même représentation.

A peine remonté dans sa jeep, il avait parcouru les offres d’emploi avec la même avidité qu’un ventre affamé la carte d’un restaurant. De retour à la ferme il avait passé quelques coups de fils, mais sans succès.
Il avait adressé sa candidature par écrit lorsque les annonces ne comportaient pas de coordonnées téléphoniques.
Il n’avait reçu qu’une seule réponse positive, du moins pour un essai.

Et voilà qu’il y était.
Apparemment, ça se présentait plutôt bien, la petite blonde avait été tout sourire et la voix qui  parvenait de la chambre était plutôt sympathique.
Antoine s’apprêtait à frapper lorsque la porte s’ouvrit soudain. Un barbu débraillé faillit le bousculer en sortant.
- C’est pas pour moi, j’espère que tu auras plus de chance, man.
Le jeune type s’éloigna en allumant une cigarette.
- Suivant !
Antoine entra timidement.
Il faisait très sombre à l’intérieur si ce n’était la lumière d’un spot mais qui ne lui était d’aucun secours tant elle l’éblouissait.
Il baissa les lieux. Le sol était rouge sang. Ses pupilles commençaient à s’habituer à l’obscurité qui régnait dans la chambre.  Il redressa doucement la tête et regarda autour de lui.
Sur les murs, il lui sembla discerner les corps de jeunes femmes égorgées qui pendaient le long de cordes. Pris de nausée, il s’appuya au chambranle de la porte et chercha désespéramment dans sa poche un mouchoir. Ses doigts ne trouvèrent que ses clés qu’il laissa tomber tant ses mains tremblaient. Il se sentit soudain incapable de faire le moindre geste. La peur lui rongeait le ventre et ses cordes vocales vibraient dans le vide.
Le crépitement d’un appareil photo l’arracha à sa paralysie. Fuir. Courir sans se retourner. Retrouver son chemin.
- Parfait ! Tu es parfait pour le rôle, mon gars. Lumière !
Antoine qui était sur le point de prendre ses jambes à son coup, se retourna.
Un gros type s’était levé et ouvrait les rideaux. La clarté inonda la pièce.
Il s’aperçut que les jeunes femmes n’étaient que des mannequins de chiffons, se redressa et tenta de retrouver un peu d’assurance.
- Mais d’où tiens-tu cette barbe aux reflets bleutés, lui demanda le directeur de casting, nous recherchons ça depuis des semaines.
- Ma mère est indienne, balbutia Antoine.
- Ah ! Et comment trouves-tu notre décor de mise en situation ? Pas mal, hein ! poursuivit l’autre, hilare, sans attendre la réponse d’Antoine.
Celui-ci ne comptait d’ailleurs pas répondre, pas encore, pas tant que son pouls n’aurait retrouvé un rythme normal. Il se baissa pour ramasser ses clés sur l’épaisse moquette rouge.

Dehors, le soleil se voilait. Pour sûr l’herbe allait reverdir.

07.01.2007

Jonquilles

Il m’a parlé de toi.

De votre rencontre, de votre coup de foudre.

Du bonheur si longtemps attendu et enfin trouvé.

De vos éclats de rire, de votre connivence.

De la cueillette des jonquilles, à quatre mains, dans les bois.

De la vie qui commençait enfin à vous sourire à tous les deux.

A adoucir pour lui les stigmates évolutifs d’une erreur génétique qui chaque jour restreignait un peu plus son élan.

A panser pour toi les blessures d’une union gangrenée par le mépris et la violence.

 

La vie enfin était généreuse

 

Il m’a parlé de ton spleen, tout à coup.

Et puis de tes souvenirs qui peu à peu s’évaporaient, des mots dont désormais le sens t’échappait.

Des sursauts de plus en plus brefs d’une conscience happée par le vide et qui se débat

De tes mains qui interrogeait les objets, de ton regard qui se diluait

De tes fugues, petit corps à la recherche de l’esprit buissonnier

Et puis avec une infinie tristesse de l’inconnu qu’il était insidieusement devenu pour toi.

 

La vie est versatile.

 

Lui sont revenues toutes ces années ensuite passées à côté de l’emprunte de ce que tu avais été

A s’occuper du fœtus que tu étais devenue

A haïr et bénir tout à la fois la fatalité qui vous avait refusé l’enfant dont vous rêviez

A lutter pour te garder le plus longtemps à ses côtes

Jusqu’à ce qu’il fut décidé, à son amour défendant, qu’il devait passer le témoin

Valises. Admission. Déchirement.

Appartement désormais vide de ton absence, muet de tes silences.

La peine que tu n’éprouvais plus depuis longtemps s’ajoutait à la sienne.

Ca faisait bien longtemps déjà qu’il aimait pour deux.

Ce jour là, il est déjà mort pour vous deux.

 

Et puis il m’a parlé de ses visites, du jour à partir duquel tu ne t’es plus levée.

Des tes cris, de tes yeux écarquillés d’effroi lorsqu’il t’effleurait

Tu n’étais plus qu’une boule de douleur au fond de ton lit dès que tu étais rappelée au présent, distraite du brouillard feutré dans lequel tu t’étais réfugiée.

Ton corps se décharnait, s’allégeait comme pour pouvoir plus facilement s’envoler

rejoindre les fragments éclatés de ton esprit.

Il a décidé de ne plus te retarder.

Il a fait taire ses doigts, muselé ses baisers, effacé sa présence

Pour ne plus te quitter d’une seule pensée

 

C’est comme cela que je l’ai trouvé, recroquevillé sur votre amour

Je l’ai aimé et il m’a raconté

Alors je t’ai aimée, toi que je n’ai jamais rencontrée

Je t’ai aimée de l’avoir aimé avant moi

Et je sais que tu ne m’en veux pas de l’avoir pris par la main et d’avoir fait un bout de chemin avec lui

 

A nouveau la vie se montrait généreuse, les jonquilles refleurissaient

Nous avons vécu ensemble dans le respect de ton ailleurs

En pensée je t’ai souvent offert un bouquet de notre bonheur

Et puis un jour tu nous as quittés, tu t’es réunie

Nous aimions penser que tu t’étais retrouvée

Il était apaisé, je crois

 

A nouveau la vie se montre versatile, elle n’oublie jamais longtemps d’être injuste

Pour lui, à ton inverse, une maladie incurable et fulgurante.

C’est vrai qu’il avait déjà vécu l’agonie par procuration.

Trop point n’en faut.

Je ne peux m’empêcher de penser que peut-être il te manquait déjà ?

En le veillant, la pensée de vous savoir bientôt à nouveau réunis rend moins amer le goût de mes larmes.

 

 

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